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La rue Dély

Un homme dans son époque


Si l’on veut découvrir la vie de François Dély, maire de La Rochelle pendant l’époque de la terreur sous la Révolution et des terribles guerres de Vendée, on se plonge avec plaisir dans le récit donné par Claudy Valin* en 2012 devant le 134e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques.

Valin dresse un portrait détaillé et saisissant de cet homme, protestant originaire de Montauban, maire de La Rochelle, “oublié” de nos jours. Il nous offre l’histoire d’un homme au centre des événements de son époque.

En dehors des registres officiels, nous n’avons aucun portrait de Dély, juste son nom sur la plaque d’une toute petite rue dans les hauteurs du quartier prise entre les rues Savary et Jean Godefroy.

* Tous les textes ci-dessous en italiques sont de Claudy Valin

Les années avant 1792

Nous ne savons pas non plus la date à laquelle Dély a quitté Montauban pour s’installer à La Rochelle où, “nous le trouvons en 1790 dans les documents officiels enregistré comme négociant ou comme marchand avec une fortune estimé à 8 000 livres et faisant partie de la moyenne bourgeoisie”. On sait, par contre, qu’il était marié et que le couple a habité dans les quartiers de Notre-Dame, Saint-Sauveur, et Saint-Nicolas. Mais, les registres de la Ville n’en donnent aucun autre détail.

D’après Claudy Valin, Citoyen actif en raison de son taux d’imposition, François Dély se fait inscrire, dès le 12 juin 1790, sur le registre de la Garde nationale.

Un homme dans la Révolution

François Dély, en tant qu’officier municipal fin 1790, s’était déjà trouvé au milieu des questions religieuses soulevées par la Révolution. En janvier 1791 il était chargé par le conseil général de la commune pour se rendre au couvent des Saintes-Claires et obtenir des religieuses qu’elles prêtent serment à la Constitution civile du clergé. Il essuie un refus catégorique ! Suite à un arrêté pris par le conseil général de la commune et le directoire du district de La Rochelle, le 30 mai 1792, tout le clergé réfractaire est sommé de quitter La Rochelle dans les trois jours.

C’est dans ce contexte de tensions ouvertes que Dély va prendre office.

Maire de La Rochelle

De juin 1792 à avril 1794, pendant seize longs mois, François Dély exerce le rôle de maire de La Rochelle où, à ce moment-là, on compte quelque 20000 habitants. D’après Valin, “une ville-port menacée sur la façade atlantique par les flottes coalisées de l’Europe maritime et, au nord du district, se trouvant face à l’insurrection vendéenne. C’est Dély qui aura le pénible devoir de gérer la tragédie de 1793 lorsque les hommes reviennent de leur expédition désastreuse et la ville pleure ses soldats morts”.

Mais, pourquoi François Dély ? Parce que Daniel Garesché, négociant, armateur, négrier d’une famille de la grande bourgeoisie, venait de démissionner et Paul Charles Robert, apothicaire, a renoncé à accepter le poste.   Le processus de vote se prolonge et ce n’est qu’au terme du troisième scrutin que le nom de François Dély apparaît. Il assume la responsabilité de premier magistrat de la commune et s’installe officiellement le 12 juin 1792.

Gouverner autrement

Valin donne cette belle description de l’homme, François Dély : “autant par son origine sociale que par intention politique, Dély rompt avec le style de gouvernance qui prévalait jusqu’alors. Si Daniel Garesché n’a pas su gérer la grande émeute frumentaire du printemps 1790, c’est peut-être parce que son mode de vie le tenait mentalement éloigné des préoccupations quotidiennes des couches fragiles de la population. Il ne pouvait en soupçonner la souffrance. François Dély habite, vit et œuvre au milieu du petit peuple”.

Dély s’attelle donc à ses fonctions de maire :  il réunit son conseil municipal pour une reprise en mains de la Garde nationale ; il s’occupe d’une pétition qui lui a été remise par la Société rochelaise des amis de la liberté et de l’égalité ; il mobilise son conseil municipal pour traiter de tous sujets. En cette période décisive pour le cours de la Révolution, chaque question est importante.

Il s’occupe de très près même du prix du pain car la population doit pouvoir manger ! “Pour venir à bout de la rouerie des boulangers qui contournent ces mesures en modifiant la forme des pains, des commissaires sont nommés parmi les officiers municipaux afin de visiter les boulangeries”.

François Dély gouverne si bien sa ville qu’il est réélu maire sans difficulté cette fois-ci le 2 décembre 1792, par deux cent vingt-six voix sur deux cent soixante-quinze. Un nouveau mandat d’une année commence.

La guerre de Vendée 1793, l’année des pires épreuves

Tout commence avec l’insurrection dans le Poitou au printemps 1793. C’est La Rochelle qui envoie la première expédition militaire pour tenter de rétablir l’ordre dans le bocage vendéen, car les insurgés ont coupé la communication entre Nantes et La Rochelle.

Dély assiste à l’assemblée générale de recrutement qui se tient dans la cathédrale pour réunir le contingent de volontaires, soutenus par une foule en liesse.

Mais, dans la nuit du 19 au 20 mars, entre Saint-Vincent-Sterlanges et Saint-Fulgent, au lieu-dit La Guérinière, les républicains sont écrasés et refluent en désordre sur La Rochelle. La nouvelle de la défaite arrive jusqu’à Paris et provoque la stupéfaction des députés de la Convention nationale.

Les survivants revenant à La Rochelle au petit matin du 20 mars racontent des récits d’horreur. Plusieurs centaines de patriotes rochelais et rochefortais sont morts sur place. François Dély, d’après Valin, se mêle à la foule il entend “les gémissements et les plaintes saignantes des habitants frappés par le deuil, ayant la larme à l’œil, pleurant la mort de leur père, de leur fils, de leur parent, de leurs amis”.

Le massacre des prêtres vendéens

Face à ce désastre, Dély convoque le conseil général de la commune. Mais, ce n’est pas la fin des désastres :  c’est à ce moment-là qu’il apprend que 4 prêtres vendéens réfractaires et emprisonnés à La Rochelle ont été extraits de la maison d’arrêt, pour être conduits à l’île de Ré.  La situation tourne vite à la catastrophe. Les prêtres sont happés par une foule en furie, criant vengeance !

Dély et plusieurs de ses officiers municipaux essaient de calmer la foule, lancent un appel d’aide à la Garde nationale. En vain ! Les 4 quatre prêtres sont égorgés, leurs corps mutilés et leurs têtes, au bout de piques, promenées dans les rues de la ville en un sinistre cortège.

Le lendemain, 2 autres religieux connaissent le même sort. Ni François Dély, ni ses collègues de la municipalité n’ont rien pu faire.

Les conséquences politiques

La situation est des plus graves. À partir du 20 mars 1793, plus aucune délibération du conseil général de la commune n’est consignée sur le registre qui servait à les transcrire.  Pourtant, François Dély “continue de réunir son conseil municipal mais apparemment juste pour prendre connaissance des lois que la Convention, pourvue en projets par ses comités, vote à un rythme très soutenu”.

La Vendée qui vient de surgir en tant qu’entité contre-révolutionnaire, organisée et armée, refoulent les patriotes. Les réfugiés se déversent dans La Rochelle en même temps que séjournent dans la ville les militaires républicains en marche vers le au front.

Bientôt, c’est une nuée d’ambulances qui ramènent les blessés et les malades qui sont accueillis dans les six hôpitaux militaires de la ville – cinq ayant été improvisés au fil des semaines dans les anciens couvents. Le maire et son conseil assument l’essentiel des responsabilités : logement de la troupe, les casernes étant saturées ; organisation du personnel dans les hôpitaux militaires ; l’approvisionnement de la troupe, mais aussi de la population au bord de la famine.

Le 9 septembre 1793, l’autorité de François Dély sera désormais placée sous tutelle. Il quitte son siège à la mairie en avril 1794 ayant été nommé, en février de cette même année, agent national auprès du Directoire du district de La Rochelle.

Les dernières années de ce maire “hors normes”.

Le 9 septembre 1793, l’autorité de François Dély sera désormais placée sous tutelle. Il quitte son siège à la mairie en avril 1794 ayant été nommé, en février de cette même année, agent national auprès du Directoire du district de La Rochelle.

Deux ans plus tard, le 12 septembre 1796 il meurt à l’âge de 59 ans. Sa mémoire vit encore grâce à notre petite rue.

Sources :

https://www.persee.fr/doc/acths_1764-7355_2012_act_134_8_2202

Claudy Valin : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques Année 2012 134-8 pp. 249-259
Fait partie d’un numéro thématique : Les oubliés de l’histoire. Actes du 134e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, “Célèbres ou obscurs : hommes et femmes dans leurs territoires et leur histoire”, Bordeaux 2009

Wikipédia

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