Comité de quartier de La Genette
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LA RUE GUSTAVE DROUINEAU

Gustave Drouineau, mais lequel ? Le docteur ? L’écrivain ?

Le docteur

Gustave Drouineau a écrit de belles pages pour défendre et promouvoir les bains de mer rochelais. A ce titre il mérite bien d’être reconnu à La Genette. C’est ce que pourrait penser le passant pressé découvrant, au tournant de la rue Jeanne d’Albret, la plaque “Gustave Drouineau” fichée sur un poteau télégraphique. Ni profession, ni date, ni annotations complémentaires. “Gustave Drouineau”, point.

Né en 1839 à La Rochelle où il décède en 1921, docteur en médecine, chirurgien aux hospices civils de La Rochelle puis inspecteur général de l’Assistance publique, conseiller municipal entre 1875 et 1888, il a publié de nombreux livres de médecine, dont, en 1869, “Des bains de mer : guide médical et hygiénique du baigneur aux plages de l’Ouest” dans lequel il écrit :

“A l’époque où les bains de mer n’avaient point encore de splendides casinos, d’établissements hydrothérapiques, d’historiens et de défenseurs, La Rochelle avait déjà tout cela, et en 1829, M. le docteur Gasté constatait dans une brochure l’heureuse situation des bains Marie-Thérèse, l’efficacité des bains de mer sur nos côtes et les résultats heureux qu’il avait obtenus de leur usage dans certaines affections.

Les choses ne sauraient avoir changé depuis, loin de là ; la concurrence a transformé pour ainsi dire toutes nos côtes en établissements de bains. Deux surtout sont remarquables : les bains du Mail et les bains Richelieu. Leur situation sur la grève, les beaux jardins dont ils sont ornés, les ressources de toute espèce qu’ils offrent, font qu’il n’est plus permis de ne pas considérer La Rochelle comme une véritable station marine. Ajoutons aussi que l’hydrothérapie y recevant une large application peut encore lui permettre de rivaliser avec les plus fréquentées.

Enfin, La Rochelle offre aux baigneurs cet agrément particulier qu’il est permis de passer là une saison calme et tranquille, jouissant sans peine des bienfaits de la mer”.

Ces lignes suffiraient à expliquer le choix de la municipalité de donner son nom à une rue de La Genette.

Gustave Drouinau science

L’écrivain

Eh bien, non ! Un passant moins pressé, prenant, lui, le temps de s’arrêter, aura repéré, à demi caché derrière un imposant poteau électrique, un panneau plus ancien portant l’inscription : “Gustave Drouineau 1798-1878”. C’est Gustave Drouineau, oui, mais un autre.

Alors le passant se transforme en un chercheur impatient qui, en fouinant fébrilement à droite et à gauche, tombe sur un article qui commence à l’éclairer malgré un titre qui lui semble quand même un peu exagéré : “L’écrivain renié par sa ville : Gustave Drouineau (1798-1878)” d’Aurore Hillairet.

Apparaît ainsi l’autre Gustave Drouineau. Celui qui, né à La Rochelle en 1798, part pour Paris pour suivre des études de droit et pour y vivre de poésies. Il se lance dans l’écriture (poésie, théâtre, roman) et connaît dès 1826 une belle renommée grâce surtout à une tragédie “Rienzi tribun de Rome” qui fera le tour de l’Europe et connaîtra de nombreuses traductions. Ses pièces sont alors représentées sur les plus grandes scènes parisiennes : Théâtre de la Porte-Saint-Martin, Théâtre de l’Odéon, Théâtre de l’Ambigu-Comique

Son roman “Ernest ou le travers du siècle” publié en 1829 devient un véritable best-seller, inspirant même Balzac pour les Illusions perdues (1837). Les romans suivants ne connaissent pas le même succès.

Le déclin

Dévasté par le décès de son épouse, affaibli par le choléra en 1832, épuisé par le travail et découragé par les échecs littéraires successifs, il se tourne bientôt vers la religion, prônant une sorte de christianisme social teinté de Saint-Simonisme. Mais sa santé se détériore et, à partir de 1835, victime d’hallucinations, il est interné à l’hôpital de Lafond où il meurt en 1878 dans le plus complet oubli.

Gustave Flaubert a écrit lors de son décès : “C’est un fleuron de gloire littéraire enlevé à notre couronne de rédaction.”

Un oubli définitif ?

Un oubli définitif ? Pas tout à fait puisque, longtemps après, par une délibération du 3 mars 1911, le conseil municipal de La Rochelle décide que la rue ouverte sur le terrain Lejeune portera son nom, “avec une plaque indiquant sa profession de littérateur et ses dates de naissance et de mort” précise Aurore Hillairet. Rien de tout cela pourtant sur la plaque la plus récente qui indique seulement nom et prénom, sans profession ni dates ni mention de l’activité qui lui a valu d’être distingué.

Et le flâneur, après avoir laissé vagabonder son imagination, se félicite de vivre dans une ville aussi généreuse que subtile puisqu’il vient de comprendre qu’en précisant les dates (1798-1878) à un bout de la rue, c’est le “littérateur” oublié qu’elle honore, tandis qu’en les supprimant à l’autre bout, elle choisit de rendre hommage à tous les Gustave Drouineau de La Rochelle qui, même s’ils n’en demandaient pas tant, le méritent évidemment. Alors, un grand merci pour eux murmure le flâneur, en poursuivant sa rêveuse promenade dans les rues de la Genette.

Gustave Drouinau ecrivain

Sources

Hillairet Aurore. L’écrivain renié par sa ville : Gustave Drouineau (1798-1878). In: Les oubliés de l’histoire. Actes du 134e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, « Célèbres ou obscurs : hommes et femmes dans leurs territoires et leur histoire », Bordeaux, 2009. Paris : Editions du CTHS, 2012. pp. 29-35. (Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques, 134-8)

Wikipédia

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Henry Brunetière, notre flâneur avisé

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