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Rue Théophraste Renaudot

Né à Loudun en 1586, mort le 25 octobre 1653 à Paris, Théophraste Renaudot est considéré comme le fondateur de la presse française – mais, cela ne reflète qu’une face de cet humaniste extraordinaire du “Grand siècle”.

Le “médecin ordinaire” du roi Louis XIII

Après des études à la Faculté de médecine de Montpellier, Renaudot s’établit dans sa ville natale où il rédige un traité “sur la condition des pauvres” qui attire l’attention de la Cour de France. En 1612, le voilà installé à Paris avec le titre de “médecin ordinaire” du roi Louis XIII. Toujours très préoccupé du sort des pauvres – en grand nombre dans Paris – il est nommé “Commissaire général des pauvres du royaume” par le Roi en 1618.

Vers 1625, il se convertit au catholicisme et entre dans le Conseil de Richelieu. Grâce au soutien du Cardinal, il développe ses activités au service des plus démunis en créant, en 1628, le “bureau d’adresses” avec don d’un privilège royal.

Le “bureau d’adresses”

theophraste R bureau des adresses

Pour trois sous, on pouvait y faire figurer des propositions de vente, de location ou de service.

Le but de ce bureau était en effet d’accueillir des offres et des demandes d’emplois pour remédier au vagabondage sans le concours des institutions religieuses.

En 1633, une ordonnance royale a contraint tous les sans-emplois à se faire enregistrer dans ce bureau d’adresses.

Le “bureau d’adresses”, dans l’Ile de la Cité, à l’enseigne du Grand Coq rue de la Calandre, (aujourd’hui disparue), connait un tel succès que Renaudot est obligé de l’agrandir et même de créer des succursales.

Médecin non-conformiste

Du bureau de placement à ses débuts, le bureau devient aussi, dès 1640, grâce au soutien de Richelieu et des Lettres patentes du roi, un dispensaire et une clinique où Renaudot organise ses consultations, payantes pour les aisés, gratuites pour les pauvres. Il s’intéresse à la préparation des médicaments et prône l’emploi de la médication chimique.

Évidemment, les médecins, chirurgiens et apothicaires en lutte avec la Faculté de Paris, ainsi qu’un grand nombre d’étudiants, se joignent à lui.

Malheureusement, tout cela finit par lui attirer de nombreuses inimitiés et procédures de la part de la Faculté de Paris malgré le soutien du Roi et de Richelieu,

Du “Bureau d’adresses” au “Mont de Piété”

Le 27 mars 1637 le premier Mont-de-piété s’ouvre dans son Bureau d’adresses qu’il transforme en salle des ventes. Cinq ans plus tard, le roi autorise cinquante-huit autres villes du royaume à établir des Monts-de-piété. La pratique du prêt sur gages permet de combattre l’usure, et l’institution connaît un grand succès

Le Mont de Piété est supprimé en 1644 car Théophraste a perdu la protection de son Roi et de Richelieu tous les deux décédés. Il faudrait attendre 1777 et des Lettres patentes de Louis XVI avant de revoir le Mont de Piété de Paris ressuscité.  

theophraste R griffon

Au sortir de la Première Guerre Mondiale, les monts-de-piété prennent le nom de Caisses de Crédit Municipal. A Paris, on va “chez ma tante” au 55, rue des Francs-Bourgeois dans le 4e arrondissement. Les locaux comprennent une salle de ventes et une salle de dépôt.

Le symbole du Mont-de-Piété reste depuis l’origine un animal fabuleux, le griffon, gardien des trésors d’Apollon.

Théophraste Renaudot “père” du journalisme français

“L’homme a toujours eu besoin de s’informer ! Le 17e siècle marque l’apparition de la figure du journaliste et la naissance de la presse périodique. Théophraste Renaudot est surtout connu comme le créateur de La Gazette, le premier véritable journal, la première feuille d’informations française imprimée sur quatre pages, paru à Paris au mois de mai en 1631″.

Pourquoi “La Gazette” ? C’est le journaliste et conférencier François d’Orcival, membre de l’Académie des sciences morales et politiques qui nous offre la réponse lors d’une passionnante conférence donnée en janvier 2025 :

“En 1612, Renaudot était parti effectuer un tour d’Europe et il s’est passé par Venise où il découvre une pièce de monnaie que les Vénitiens utilisent sous le nom de Gazetta, une petite monnaie qui sert à payer les feuilles volantes que l’on vend dans la cité”.  

Quel meilleur titre pouvait-il trouver pour sa publication ?

La Gazette

La Gazette marque le début de la presse périodique grâce à un médecin de 45 ans ! Elle est publiée, dès son début, sous le patronage du gouvernement et il arrive que Louis XIII et Richelieu y collaborent. D’autres nouvelles sont rédigées par des plumes de la haute aristocratie mais aussi par des correspondants des capitales de ces pays étrangers que Renaudot avait visités bien des années auparavant. D’autres viennent régulièrement de Londres, Amsterdam …

theophraste R gazettes

François d’Orcival explique :  “Richelieu y voit tout l’intérêt qu’il peut avoir de disposer en effet d’une publication pour être en mesure de décrire l’enjeu de sa politique extérieure en même temps que de défendre à l’intérieur les intérêts français. Or, Richelieu connaît ce natif de Loudun devenu un médecin capable de tenir une plume !

Le premier numéro de sa gazette porte la date du 30 mai 1631 et c’est un vendredi – c’est très intéressant que ce soit un vendredi pour une publication hebdomadaire parce que ça veut dire que l’on passe toute la semaine à préparer chaque sortie de chaque numéro !

Le journal fournit des informations politiques qui concernent l’Europe entière. Dans le premier numéro on trouve des informations venant de Constantinople, de Rome, de Venise ou de Vienne. Des informations imprimées 3 à 4 semaines après que celles-ci se soient déroulées dans les pays concernés. Des crieurs annoncent la parution du journal sur le pont Neuf aux heures d’affluence !”

UNE FIN DE VIE DIFFICILE

Avec la mort de Richelieu en 1642 et celle de Louis XIII l’année suivante, Théophraste Renaudot perd ses principaux protecteurs. La Faculté de médecine de Paris revient à l’attaque et obtient l’interdiction des consultations médicales et des conférences dans son bureau d’adresses. Puis le bureau est entièrement fermé en 1646.  

Pourtant, La Gazette continue. Renaudot suivit et laisse à ses fils Eusèbe et Isaac la rédaction du journal. Pourtant, lors de sa mort en 1653 à l’âge de 67 ans, le monopole de La Gazette est entamé par la parution de titres rivaux à Paris comme en province. Toutefois, La Gazette poursuit son activité jusqu’en 1792 et compte 162 volumes.

Sources :

  • Wikipédia
  • François d’Orcival – 17 janv. 2025 – Les Conférences de l’Institut de France

www.youtube.com/watch?v=rrbB8vKEAbo

  • France Culture vendredi 15 avril 2022

www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-pourquoi-du-comment-histoire/theophraste-renaudot-a-t-il-invente-le-journalisme-1881243

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