LA GENETTE SE RACONTE

Le Cours Matignon qui deviendra le Mail, les Bains Marie-Thérèse qui disparaîtront, la Villa Alsace, les Parcs d’Orbigny et Charruyer, les avenues Guiton et Leclerc  … autant de bâtiments et de lieux qui ont jalonné l’histoire de La Genette.

1550-1650, on commence à exister

A l’ouest des fossés de la ville intra-muros, La Genette a longtemps été un terrain de manœuvres pour les divers assauts qu’a connus La Rochelle. Le Fort Louis (aujourd’hui disparu), construit en 1620-1621, destiné à la protection de la ville et point de départ du Grand Siège de 1627, avait été érigé au milieu de ces terrains. Auparavant, rien d’autre n’existait si l’on fait exception d’une zone marécageuse et quelques traces d’urbanisation au nord du secteur d’après une carte de 1572.

La longue promenade qui longe le rivage au sud était, dès le XVIe, utilisée comme lieu de manifestations populaires et de fêtes hors les murs.

On sortait de la ville par la poterne des Deux Moulins - deux moulins à marée donnés au Templiers par Aliénor d'Aquitaine, en 1139, avaient été élevés à proximité - le seul point de sortie existant de ce côté-ci.   (la porte actuelle date du début du XVIIIe siècle).

 1700–1850, on commence à construire

En 1705, la promenade est plantée de quatre rangées d’ormeaux et devient le cours Matignon (ultérieurement Le Mail), un lieu de promenade de plus en plus fréquenté. Et c’est ainsi que vont être implantés ici les établissements de bain qui annonceront la naissance du quartier.

D’après le cadastre de 1810 les terrains de La Genette sont d’énormes surfaces rurales ; le Mail au sud est ponctué de quelques constructions et au centre ce sont quelques fermes isolées : L’Épine, La Genette, La Ferté, et la ferme de Port Neuf située sur des hauteurs.

Si le premier établissement de bains, (les bains Marie-Thérèse à l’emplacement de l’actuel Casino) ouvre ses portes en 1827, c’est plutôt dans la deuxième moitié du XIXe siècle que le quartier s’urbanise. Le deuxième établissement (les bains Jaguenaud puis renommés Richelieu) ouvrit en 1850 et un établissement pour les familles plus modestes (les bains Louise) ouvrit en 1867.

 

Les deux premières villas de La Genette datent de 1850 et 1870 : la première a disparu mais la seconde, la Villa Alsace, est toujours là et aujourd’hui classée à l’Inventaire des Monuments Historiques.

C’est donc un peu avant la percée Ouest de 1886 vers La Pallice et son nouveau port en eaux profondes, que le quartier de La Genette commence à se constituer à partir de quelques parcelles loties.

A partir des rues Jeanne d’Albret et de la Briquetterie qui ne formaient alors qu’un seul et même chemin, et du chemin vicinal existant qui deviendra la rue Jean Godefroy, on trace les rues de la Pépinière, Émile Racaud et Georges Émonin (à l’époque rue de Béarn).

Les premières constructions du quartier seront les belles demeures d’habitants fortunés (principalement des Rochelais, selon l’abbé Yves Blomme). Elles témoignent de l’éclectisme architectural de la fin du XIXe siècle et continuent à marquer fortement l’identité du quartier : par exemple,  la villa Alsace, la villa Fort Louis (dans le parc Franck Delmas), ou encore le Chalet du Mail avec sa tourelle d’où la vue surplombant l'Océan est magique.

1850–1900, on perce les grandes voies, on aménage les espaces verts

1886 marque le premier grand bouleversement quand le Génie Militaire finit par donner son accord pour le percement des remparts. Avec le  projet  du Port de La Pallice, c’est tout  l’ouest qui  change de  visage.  Avant 1886, on ne pouvait accéder à la route de Laleu à l’ouest que par un détour par la Porte Neuve : un ouvrage  aménagé en 1689 dans le front ouest des remparts dont c'était la principale sortie, la porte des Deux-Moulins au sud ne laissant passer que les piétons. La prolongation de l’avenue Guiton et la percée de l’avenue Leclerc jusqu’au niveau de la place de Verdun créent des liaisons plus directes. Peu après, l’avenue de Coligny sera percée perpendiculairement reliant le Mail à ces deux grandes voies ainsi donnant au quartier l’axe principal de son urbanisation.

Dans le même temps, la ville profite de la destruction d'une partie des remparts et procède à l’aménagement de plusieurs espaces verts publics.

En 1887, les terrains longeant la muraille à l’ouest sont légués à la ville, qui y aménagera le parc Charruyer. A l’entrée du parc, (côté nord) les chalets d’octroi de style rococo ont été malheureusement détruits en 1970.

 

Le parc d'Orbigny (ancien Champ du Mail ou des Régates)  est acquis par la  municipalité entre 1897 et 1901.

L'aménagement de ce complément de la promenade du Mail sur le front de mer était étroitement lié à la présence du Casino et des établissements de bains. Il participait de fait à la vie balnéaire du secteur. On agrémente le parc d’un kiosque à musique et de divers pavillons dont il nous reste aujourd’hui le pavillon Fleuriau.

 

En dehors de ces parcs, reprenant le modèle des larges avenues de Paris, les avenues Guiton, Carnot et Coligny sont bordées d’arbres. (Ce n’est que dans les années 1960 que le parc Franck-Delmas, situé à l'extrémité ouest des allées du Mail, devient un jardin public).

 

1900-1960, on entre dans l’ère moderne

 

A la fin du XIXe siècle, on entreprend la construction d’une église pour le quartier qui vient de se constituer. Le secteur ne correspondait pas à une paroisse ; il était rattaché à l’église Saint-Jean dans le faubourg du Pérot (église fermée en 1878) pour sa partie Est et à l’église de Saint-Maurice puis à sa chapelle pour sa partie Ouest, chapelle érigée en 1877 et se révélant bien trop petite pour accueillir la population du nouveau quartier. L’église Sacré Cœur de La Genette est inaugurée en 1900 près de la ferme de l’Épine, dont il reste des vestiges, rue de Missy.

 

Entre 1901 et jusqu’à l’arrêt de son exploitation en 1927, un autre élément va contribuer à l’animation et au développement du quartier : le tramway. Celui-ci empruntait l’Avenue Guiton pour relier La Pallice à Tasdon, et un embranchement secondaire -monté sur un ballast- empruntait l’avenue de Coligny pour desservir le casino.

Entre ses limites, l’église à l’ouest, et le parc Charruyer à l’est, le quartier devient une vraie entité et continue de se développer pendant toute la première moitié du XXe siècle  avec d’autres habitations plus ou moins importantes, mais aussi beaucoup d’hôtels, de cafés et de petits commerces pour le bonheur des résidents et des vacanciers.

En 1907, est démoli l’ancien établissement des bains Marie-Thérèse dans lequel avait été implanté le casino municipal, et un nouvel édifice est construit (salle de spectacles) ; dégradé avec l’Occupation Allemande il est détruit en 1947, et laisse place à un espace vert qui correspond aujourd’hui au jardin du casino actuel.

 

1960-aujourd’hui, on s’agrandit … verticalement  

 

Les années après-guerre amènent le deuxième bouleversement dans le quartier : les premiers grands projets immobiliers voient le jour rue de Suède, de Norvège, de Danemark, Paul Garreau … puis, petit à petit certains des petits commerces disparaissent surtout le long de l’avenue Coligny et plus tard sur l’avenue Guiton ou changent radicalement d’enseigne. Aujourd’hui de nouveaux projets immobiliers, dans le cadre du développement urbain de la ville, vont encore une fois transformer le visage et changer les habitudes du quartier.

 

 

 

Sources :

Le site : www.inventaire.poitou-charentes.fr

Cartes postales/Photos : les Archives Municipales

La Genette 1900-2000, l’abbé Yves Blomme